• Molines | Fontgillarde
Un mythique col entre l'Italie et la France, traversé par le Giro (Tour d'Italie) et le Tour de France, la Route du Général Guillaume.

Situé à 2744 mètres d'altitude sur le territoire de la commune de Molines, le Col Agnel l'une des 3 portes d'entrée du Queyras, mais la seule depuis l'Italie, et quelle porte !

Un haut lieu d'échange entre France et Italie, et même théatre de faits historiques majeurs, qui a acquis au 20ième siècle de la notoriété via le passage des plus grandes courses cyclistes. Il est fermé pendant l'hiver. Voyons tout cela en détail.

 

 

Le col Agnel, un point de passage milénaire entre France et Italie

Le Col Agnel est un col d'accès ancestral entre France (Queyras) et Italie (Val Varaita).

Italiens et Français ont échangé pendant de nombreux siècles des marchandises, du bétail, des denrées agricoles, des minerais, etc.

La transhumance des bêtes se faisait en effet entre les deux côtés du Col : les bêtes allaient passer l'hiver en Italie puis revenaient en paturage l'été côté français.

La foire de la Saint Luc à Guillestre, qui a lieu fin octobre, matérialise ces échanges économiques importants entre les deux versants du Col. C'est d'ailleurs elle qui décide de la date de fermeture du Col (voir plus bas) !

En 1885, le Refuge Napoléon du Col Agnel fut construit, afin d'héberger les voyageurs imprudents bloqués par les intempéries (neiges, avalanche, orages) ou surpris par la tombée nuit.

A noter que le Col Agnel matérialise la ligne de partage des eaux entre deux fleuves : la Durance côté français et le Pô côté italien.

 

Le rôle du Col Agnel dans la bataille de Marignan au XVIème siècle

En 1499 Louis XII envahit avec l'aide de mercenaires suisses le duché de Milan, alors fief du Saint-Empique Germanique.

Suite au non respect d'une promesse, les suisses changèrent de camps et aidèrent le pape et l'ancien Duc de Milan à chasser les français, ce qui fut fait en décembre 1512. Louis XII tenta jusqu'à sa mort de reprendre ce duché, en vain. Il fallut attendre la fougue du jeune François 1er tout juste monté sur le trône pour que duché reviennent dans le royaume de France.

Le col Agnel a ainsi facilité l'épisode de la traversée des Alpes par les troupes de François 1er, ce qui permis la victoire de Marignan.

En Août 1515, le Col Agnel a été utilisé pour déstabiliser les troupes suisses qui s'étaient positionnées tout au long de chaîne des Alpes, pour en protéger les cols.Le pape avait en effet fait garder les cols alpins par ses mercenaires suisses. François 1er voulait passer par le Col de Larche, mais il fallait être sûr de pouvoir passer sans encombre. Son armée décida d'un stratagème de surprise.

400 cavaliers éclaireurs, conduits par le le lieutenant général du Dauphiné le Chevalier Bayard, fraichement nommé ( 20 janvier 1515), passèrent par les sentiers du Col Agnel afin d'aller destabiliser par surprise l'ennemi (auparavant aucune armée n'était passée par ce col). 

Ainsi le gros des troupes de François 1er ont pu traverser les alpes par le Col de Larches et le Montgenèvre (pour l'artillerie). A noter que certains historiens pensent que certaines troupes sont passées par le Col Lacroix et/ou la Traversette.

Une fois les troupes françaises côté Italien, elles purent aller vaincre les mercenaires suisses et reprendre le duché de Milan, perdu en décembre 1512 : c'est l'épisode de la célèbre bataille de Marignan (Marignano en Italie, aujourd’hui Melegnano, ville à 16 km au sud-est de Milan), qui eu lieu les 13 et 14 septembre 1515, et permis à la France de prendre la totalité de la Lombardie.

 

L'épisode de la guerre de succession d'Autriche et le Camp des Espagnols au XVIIIème siècle

Suite à la mort de l'empereur d'Autriche Charles VI en 1740, les rois de France, de Prusse, d’Espagne, de Naples, de Pologne et de Sardaigne se disputent l'héritage.

Le roi de France s'allie avec l'Espagne. Les  "Gallispans", troupes franco-espagnoles, s’opposent aux Anglo-Sardes. Louis XV, roi de France,  déclare la guerre à Charles Emmanuel III Roi de Sardaigne, avec l’intention de reprendre ce qu’il avait dû céder au Piémont en vertu de l’article 4 du traité d’Utrecht de 1713.

Cette armée mise en oeuvre va passer par le Col Agnel pour atteindre l'Italie  :

  • Octobre 1743 Dom Philippe Roi d’Espagne et son armée de 50 000 hommes passent le Col Agnel pour gagner l'Italie. 14 Bataillons espagnols (14 000 hommes) et 12 bataillons français 16 000 hommes), assistés de 20 canons.
  • Les villageois de Molines et Costeroux doivent fournir nourriture, foin/paille et bois pour le chauffage (50 000 pieds d'arbre) pour alimenter les troupes, notamment installées dans le Camps des Espagnols qu'ils avaient établi - avec de lourds terrassements - sous le Pain de Sucre.
  • Mais les troupes des Gallispans doivent retrousser chemin face à l'efficacité des troupes piemontaises de Charles Emmanuel - elles subirent de très lourdes pertes - et surtout l'arrivée de la neige. De peur de rester coincé en Italie, les troupes battent retraite, mais ce sera une vraie débacle dans la remontée en France.
  • L'armée française passera par Saint-Véran, l'armée espagnole par le Col Agnel. Les deux furent surprises par une terrible vague de froid et de neige comme on peut en connaître dans le Queyras, qui tua plusieurs centaines de soldats, leurs chevaux et mulets, gelat les pieds de plusieurs, et les obligea à abandonner l'artillerie sur place du côté de Chianale.
  • Les survivants arrivés côté français s'approprient tout, pillent le bois existant dans les villages. Les chemins sont jonchés de centaines de cadavres abandonnés, ce qui provoque dans les semaines qui suivent de terribles épidémies dans la vallée de l'Aigue Agnelle (fievres, dhiarrées, etc.)
  • 2ième tentative : Juillet 1744. Fort de la première expérience, l'armée tente de nouveau, mais en prenant soin d'entamer la marche en plein été. Cette nouvelle campagne fut victorieuse quoique tout aussi sanglante : la prise de Sampeyre, de Bellino et du fort de Château-Dauphin
  • Les Piemontais Sardes resistèrent à Cunéo contre-attaquère en envahissant la Provence en décembre 1746. Ils durent se replier en janvier 1747 à Tende afin de contrôler une revolte à Gênes.
  • En 1748, le traité d’Aquisgrana entre France et Piémont met fin aux conflits de la succession du trône d'Autriche. La frontière est réaffirmée lors du Traité d'Aix la Chapelle en octobre 1748, et la Prusse voit le jour.

 

Les incursions piémontaises pendant la révolution française

Le Col Agnel vit aussi passer les Piemontais pilleurs pendant la révolution française :

  • En juillet 1793, le  roi de  Sardaigne,  Victor-Amédée  III,  allié de l'Autriche, envoie une armée dans les vallées frontières (à l'époque il voulait reprendre la Savoie mais n'avait pas réussi) : une première réussite par le Col de Saint Véran.
  • Août 1793 des troupes du roi de Sardaigne qui avaient campé au col Agnel viennent piller les villages. Ces incursions furent repoussées par la garde nationale en septembre 1793.
  • Juin 1794  : incursion de soldats Piémontais et Autrichien dans la vallée, qui tuèrent les soldats stationnés dans les villages, pillèrent la vallée (des bêtes notamment), et firent des prisoniers.
  • Ils réitèrent l'été suivant en 1795, avant que les incursions de Napoléon en Italie y mettent fin

 

La construction de la route du Col Agnel

Jusque dans les années 1970, la route n'était qu'un gros sentier muletier, quelque peu transformé suite au passage des troupes militaires du XVIIIième siècle.

Sa transformation en route carrossable a été lancée sous l'impulsion du Général Guillaume, natif et maire de Guillestre (1959-1971), et l'un des chefs militaires les plus brillants de la seconde guerre mondiale (il fut chef d'état major de l'armée en 1954 jusqu'à la fin de sa carrière en 1956)

En 1973, le chemin fait place à une vraie route : elle est baptisée "route du Général Guillaume". Une stelle à son hommage est d'ailleurs érigée au rocher dit d'Hannibal, sur la route du Col, au niveau du hameau disparu de Costeroux.

La route a été renovée en 1990, ce qui a facilité le passage de grandes courses cyclistes dans leur version moderne.

 

Une route ouverte quelques mois par an seulement

Une fois ouverte à la circulation, la route du Col Agnel est fortement empruntée, car elle permet d'accéder côté Italie à la vallée de Sanpeyre, puis à Cunéo, porte du Piémont.

En hiver, la montée vers le col Agnel côté Queyras offre de beaux parcours de ski de fond/randonnée et rando raquette à neige.

  • La date de fermeture du col Agnel est fixée, par convention avec les Italiens, non pas aux premières neiges (octobre/novembre), mais au 3ieme lundi d'octobre, jour de la foire Saint-Luc de Guillestre.
  • La réouverture de la route du Col Agnel a lieu fin mai/début juin, le temps qu'italiens et DDE Françaises le libèrent les derniers mêtre de neige.

 

Un col mythique pour les passionnés de la petite reine, et de motocyclisme

Le Col Agnel a été passé à plusieurs reprises par les plus grandes courses cyclistes internationales :

  • 3ieme étape du tour de l'Avenir 1976 (Sampeyre - Embrun-Les Orres 122km):  le Col Agnel est traversé pour la première fois par une épreuve cycliste ! Il est classé col de 1ière catégorie
  • le Tour d'Italie (Giro) : en  1994 (20ième étape), en 2000 (19ième étape), et 2007 (12ième étape). Le Col Agnel fut Cima Coppi (le point de le plus élevé du Gio) lors de ces 2 dernières éditions. Il sera de retour en mai 2016, avec une étape à Risoul.
  • le Tour de France : premier passage en 2008 (20ième étape) - à la faveur d'une modification de parcours qui devait à l'origine passer par le Col de Larche, celui-ci présentait un trop grand risque de glissement de terrain - puis en 2011 (18ième étape). Le col Agnel est un col Hors Catégorie

 

Le Col Agnel est le deuxième plus haut col routier des Alpes françaises (derrière celui de l'Iseran), et le troisième de toutes les Alpes (derrière le col de l'Iseran et le Passo dello Stelvio italien). On se rassurera, c'est le plus haut col routier transfrontalier (là est la différence) des Alpes :

  • Le versant Italien présente les pentes les plus interressantes :
    • 22.4 km d'ascension avec un pourcentage moyen de 6.5% : l'ascension du col débute à Casteldelfino
    • 10 km à 9,5 % de moyenne (entre 1 800 et 2 740 m d'altitude)
    • de nombreux passages à 11%, un passage à 14%
    • A noter qu'un système de chronométrage a été mis en place côté Italien, avec un départ de Chianale
  • Le versant Français offre une montée régulière et magnifique depuis Molines : 
    • ascension de 21 km avec un pourcentage moyen de 6.5%. L'ascension du col débute à Molines (en fait depuis la bifurcation de Chateau-Queyras).
    • seuls les 5 derniers km offrent des pentes plus importantes (9% en moyenne).

Les passionnés de cyclisme et des grands cols des Alpes aimeront aussi enchaîner sur le Col Izoard, quelques kilomètres plus loins dans le Queyras ! 

 

Un superbe Panorama sur les alpes françaises et italiennes

Le Col Agnel propose, lorsqu'il fait beau, un panorama grandiose sur les chaînes de montagne environnantes :

  • le pic de Caramantran (3015m), qui surplombe le Col
  • le Queyras (le Pain de Sucre 3208m, le Pic d'Asti 3220m, la Taillante 3197m, le Col Vieux 2806m),
  • l'Italie (Mont Viso 3841m, la vallée de Chianale et la plaine de Cunéo)
  • les Ecrins ( La Meije, Le Pelvoux)

Vous trouverez en haut du col une belle table d'orientation, donnant sur les sommets de montagne tant côté Italie que côté France.

Les atronomes viennent aussi s'installer l'été pour profiter de ce merveilleux poste d'observation nocturne, sous le ciel pur légendaire du Queyras et du Mont-Viso.

 

Un point de départ pour de nombreuses randonnées pédestres ou VTT l'été

Quelques virages en dessous, tant côté Italien que Français, vous trouverez des poinds de départs vers de superbes balades :

  • Le Col Vieux avec montée sur le Pain de Sucre, ou la descente sur les Lacs Foréan et Egorgeou, ou encore les lacs de l'Eychassier
  • L'Asti, avec de bonnes chances de croiser des bouquetins !

Le Col Agnel est traversé par les grands itinéraires pédestres suivants :

  • le GR58 Tour du Queyras (en provenance du Pic de Caramantran et à destination du Col Vieux)
  • le GRP Tour du Pain de Sucre
  • le Tour du Viso

 

Bref, un lieu incontournable du Queyras, tant côté cyclisme que randonnée, et aussi un haut lieu historique entre France et Italie, situé sur la commune de Molines.

Marc DESROUSSEAUX
Membre depuis : 11/07/2014
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