• Mont-Dauphin | Place Forte
Un site emblématique Vauban des Hautes-Alpes, reconnu par l'UNESCO

Voici une place forte que vous ne pourrez pas manquer, lorsque vous arrivez dans le Guillestrois ! Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, et a connu de belles tranches de l'histoire des Hautes-Alpes. Petite revue des éléments à visiter avec les guides des monuments nationaux, pour vous donner envie.

 

 

La situation géographique de la place forte Vauban de MontDauphin

Le fort de Mont-Dauphin surplombe sur un plateau naturel de 150 mètres la confluence du Guil avec la Durance, et jouit d'une vue exceptionnelle sur la vallée de la Durance, le Guil, les Ecrins ainsi que la vallée du Col de Vars (on aperçoit aussi la station de Risoul). La place-forte donne une vue unique sur l'ancien tracé de la voie romaine Via Domitia, qui permettait de rejoindre depuis l'Italie (via le Col de Montgenèvre) la péninsule ibérique, en passant par Embrun, Gap, Nîmes, Montpellier, Narbonne, etc.

Sur une surface de près de 30 hectares, la place forte est une emprise sur le territoire de la commune d'Eygliers, et comprend des ouvrages avancés (lunette d'arçon), et dans son enceinte bastionnée des bâtiments militaires (caserne, arsenal, etc.) et une ville (église, mairie, etc) conçue sur un plan orthogonal. MontDauphin est ainsi une place forte et non pas une citadelle car elle comprend en on sein le village de Mont-Dauphin : la commune est réduite à l'enceinte de cette place forte.

C'est un monument historique inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, propriété de l’Etat et géré par le Centre des monuments nationaux.

 

La reconnaissance UNESCO : une site membre des sites majeurs Vauban

La place forte de Mont-Dauphin est inscrite depuis 2008 au patrimoine de l'UNESCO : comme Briançon, elle fait partie des 12 sites majeurs Vauban reconnus par l'UNESCO en France.

Autour de l'éperon rocheux a été défini zone tampon, comprenant notamment le Plan de Phazy/Eygliers et Guillestre, et permet de protéger les perspectives majeures sur la citadelle : celle de Saint-Clément/Plan de Phazy, celle de Saint Crépin, celle du glacis d'Eygliers, et celle plateau de la Chalp de Guillestre.

Mont-Dauphin est jumelé avec Mont-Louis (Pyrénées catalanes) pour former les jumelles du roi Soleil.

 

Les bâtiments de la forteresse de MontDauphin

La situation géographique du plateau de Mont-Dauphin permet la mise en oeuvre d'une citadelle construite en forme d'étoile :

  • un système bastionné : successions de bastions triangulaires et de demi-lunes, des fortifications enterrées avec de larges fossés, qui utilisent massivement un matériau local à savoir le marbre de Guillestre (en réalité de la marbrerie du Roi d'Eygliers, qui est en plus non pas du marbre mais du granit rose).
  • des falaise abruptes côté Durance, Guil (Embrun), formant un vrai éperon rocheux
  • une fortification avancée du côté du glacis d'Eygliers (lunette d'Arçon)

Le site de la place forte de Guillestre est donc une forteresse bastionnée et il regroupe les bâtiments/édifices suivants :

  • la lunette d'arçon, qui communique avec l'extérieur que par des souterrains : elle permet de tenir les assaillants en respect. Prévue dès l'origine par Vauban, elle fut construite qu'au cours du XVIIIième siècle. La lunette est reliée par un fossé au bastion royal par un souterrain de 113 mètres, et comprend un système ingénieux de tunnels qui permettent de rejoindre des casemates à feu de revers et une tour-réduit.
  • les remparts en marbre rose de Guillestre et fortifications extérieurs
  • souterrains et fossés et le système bastionné
  • la ville : des bâtiments repartis en 4 blocs d'habitation, en quadrillage
  • la poudrière, munie d'un plafond en mélèze, et recouverte de terre
  • l'arsenal (magasin d'artillerie) : sur deux niveaux voutés, il abrite des expositions temporaires et sert de salle de mariages. A voir à l'étage une copie du plan relief (dit de Louvoie) de la place forte (les originaux sont aux Invalides). Il servait à stocker & réparer les armes (épées, baïonnettes, fusils) et les poudres/boulets/munitions. Avant le bombardement italien de 1940, l'arsenal comportait 2 bâtiments en L.
  • la caserne Rochambeau, avec son escalier en arc boutant (arc-boutant du capitaine Fremond) et dont le toit a commencé à être rénové en 2015 (50%), et dont la charpente en berceau (près de 432 arceaux) de 260m sans aucune poutre et chevillée est unique au monde. En 1820, la Caserne fut recouverte d'un toit sur toute sa longueur (près de 300 mètres) pour stopper les fuites d'eau, par utilisation du procédé inventé au XVIième siècle par Philibert de l'Orme, architecte français de la Renaissance : c'est une ossature de forme "coque de bateau renversée" qui a pour avantage d'être légère et sans poutre traversale, maximisant ainsi l'espace.
  • la Caserne Campana (Casernes Vieilles) : elle abrite la mairie et des expositions d'artisans d'art (terre cuite, teinture sur soie, cuir, cadrans solaires, etc.)
  • la Caserne Binot (Casernes Neuves) et sa citerne souterraine de 1840m2 : elle ne se visite car c'est un centre de vacances pour l'Armée (IGESA)
  • le Pavillon des Officiers
  • le jardin La Plantation : sur cette grande surface devaient être construites des habitations, qui ne virent jamais le jour
  • la fontaine des 4 coins : construite en 1791, elle se trouvait à l'origine sur l'emplacement de la mesure à grain et a été déplacée en 1838 au croisement de la rue Catinat et de la rue du Colonel Cabrie
  • la gargouille de la rue Catinat en marbre rose, qui part de la fontaine
  • Eglise Saint-Louis : elle ne fut jamais achevée, seul le coeur, le transept et les premières travées avaient été édifiés, mais les pierres de ces deux derniers furent utilisées pour construire les soutes à munition en 1873, et les derniers éléments inachevés furent démolis en 1879. L'église et sa sacristie sont classées aux monuments historiques le 30/07/1920 et 22/01/1943, ainsi que le terrain tout autours (26/06/1935)
  • deux portes : la porte de Briançon (porte principale, munie d'un pont-levis et d'une herse), la porte d'Embrun

 

Les étapes de la construction de la place-forte de MontDauphin

La place-forte de Mont-Dauphin a été crée de toute pièce par Vauban, suite à l'invasion subit en 1692 par le Col de Vars (situé à 10km) et qui entraîna le pillage de Guillestre, Embrun, Gap et Veynes par les groupes de Victor Amédée II (Duc de Savoie). En effet, jusqu'en 1692 le royaume de France considérait les Alpes comme étant des barrières naturelles infranchissables. Vauban, qui avait terminé son pré-carré (fortification depuis la Mer du Nord jusqu'à la Meuse) est dépêché sur place. Agé déjà de 60 ans, il arrive de Grenoble, et inspecte la frontière jusqu'à la mer Méditerranée en compagnie notamment du Général Catinat.

Cependant, elle ne subira pas d'attaque une fois construite : le seul fait d'arme a été celui d'un avion italien qui vida ses soutes en juin 1940, ce qui entraîna la destruction de bâtiments et un incendie.

Par ailleurs, la place-forte n'hébergera jamais les 4000 personnes prévues à l'origine : suite au traité d'Utrecht, le solde des bâtiments prévu ne fut pas construit. Mont-Dauphin comptera un maximum de 400 civils et 1500 soldats au 19ième siècle, afin de voir ses effectifs fondrent progressivement.

Voici un rapide aperçu de l'histoire du site, depuis sa construction par l'armée du Royaume de France, jusqu'au départ de l'armée et son inscription aux monuments historiques :

  • 1685 : Edit de Fontainebleau, par lequel Louis XIV revoque l’édit de Nantes de Henri IV (1598), qui avait octroyé la liberté de culte aux protestants. Cette révocation matérialise son souhait d'achever l'unification du pays, notamment en ayant un culte unique, après plusieurs années de persécutions (depuis 1676). Les états protestants d'Europe vouent une haine au Royaume de France.
  • 1686 : formation de la ligue d'Augsbourg, alliance de la plus grande partie de l’Europe contre Louis XIV. Louis XIV menace Victor-Amédée II (Duc de Savoie) d'occuper ses forteresses de Turin et Verrue, et lui demande d'envoyer trois régiments de dragons et 2000 soldats contre les Pays-Bas ou contre les Espagnols à Milan. La Savoir refuse et se ralie à la Ligue en 1690
  • 1692 le duc de Savoie Victor Amedée II passe par le col de Vars avec 45 000 hommes et s'empare de Guillestre, Embrun puis de Gap (29 Août) et Veyne, en pillant et dévastant tout. Il menace de rejoindre les insurgés protestants des Cévennes. Il repart par le col de Vars le 20 septembre, non sans avoir persécuté les villages, craignant l'arrivée de l'automne et l'hiver précoce, et les troupes étant atteintes de petite vérole
  • Novembre 1692 : Louis XIV dépèche Vauban, spécialiste des fortifications, pour renforcer la défense de la frontière, plus spécifiquement pour défendre Provence et Dauphiné contre les invasions venues d'Italie. Il faut verrouiller l'accès à la vallée de la Durance depuis l'Italie.
    • Vauban découvre ce plateau de Millaures ("mille aures" en occitan : balayé par mille vents dont le vent thermique en provenance des Ecrins) en roche de poudingue, qui surplombe de 150 mètres en hauteur la Durance, le Guil et donne une vue sur le Col de Vars. Un site idéal pour surveiller tout ce qui se passe, qui plus est constitué aux 3/4 de falaises à pic, et presque invisible départ son élévation. L'énnemi ne peut venir que du plateau d'Eygliers (le glacis d'Eygliers).
    • Il imagine la construction d'une citadelle imprenable, qui regroupe les troupes et leurs familles afin de supprimer le risque de désertion, pour une capacité de 4000 personnes (2000 militaires/2000 civils), avec une enceinte bastionnée pour se prémunir des nouvelles capacités militaires de l'époque (tirs de canons). La terre des fossés est mise derrière les remparts pour amortir les boulets. Il n'y a pas de tour mais des bastions en étoile afin de supprimer les angles morts.
    • L'approvisionnement en eau qui provient de deux sources du village voisin d'Eygliers (source de Champ-Chignon, source de combe de Loubatière sur le mont de Catinat)
    • Il donne à la citadelle le nom de MontDauphin, pour honorer le fils aîné du roi, le Grand Dauphin, ajoutant un clin d'oeil au Dauphiné et ajoutant le préfixe Mont (falaise).
    • Il lance aussi la construction ou le renforcement des forts de Briançon
  • Mars 1693 : début des travaux, ils débutent côté glacis Eygliers
  • 1695 : construction du magasin, à poudre et de la caserne Campana. La poudrière sera renforcée au XIXième (couverture du chemin de ronde et couverture de la poudrière avec de la terre)
  • 1700 : seconde visite de Vauban, pour constater l'avancée des travaux. Les fortifications sont presques achevées, mais le reste prend du retard. La construction des pavillons des Officiers et de l'Horloge (celui du gouverneur, qui deviendra la Porte de Briançon) est lancé. Il rédige l'« Addition au projet de Mont-Dauphin », pour corriger plusieurs défauts / malfaçons détectés.
  • 1706 : construction du choeur de l'Eglise Saint-Louis. L'Eglise ne sera jamais terminée, faut d'habitants
  • 1713 traité d'Utrecht: le tracé des frontière est modifié plus à l'Est (a France abandonne le Piémont en échange de l'Ubaye), MontDauphin perd de son intérêt stratégique, Briançon devient ville frontière, du coup les travaux ralentissent et le développement de la garnison et de la population est stoppé.
  • 1751/1757 : construction de l'arsenal
  • En 1753, Eygliers est démembré de Saint-Crépin et devient autonome. Le Roi exige que Eygliers soit rattaché à MontDauphin. Eygliers s'appelle alors Quartier du Roi
  • 1760/1785 : construction rempart côté Embrun (la porte d'Embrun est percée en 1784 mais n'est jamais terminée)
  • 1765/1785 : construction de la Caserne Rochambeau (qui a surtout servi d'écurie et de lieu de stockage), qui à l'origine était recouverte d'une terrasse d'artillerie, avant d'être couverte en 1820 par une charpente en berceau
  • 1768 Mont-Dauphin reçoit le statut de ville
  • En 1791, le général d'Arçon complète la lunette par des casemates à feu de revers et une tour-réduit qui permet le feu à revers.
  • En 1792, la commune d'Eygliers est démembrée de la commune de Mont-Dauphin. Elle prend son nom actuel
  • 1784 construction de l'hôpital
  • 1881 : la poudrière est recouverte de terre pour être protégée des bombes
  • Fin XIX, les pierres de certains bâtiments ou murs sont utilisés pour construire d'autre batteries défensive. Faute d'argent les travaux ralentissent, et le projet de Vauban reste inachevé. Le site ne sera jamais assiégé.
  • Après la guerre 1914-18 : l'armée utilise le site de façon épisodique
  • 1939 démolition de l'hôpital, il est remplacé par une caserne (aujourd'hui centre IGESA)
  • 1940 (juin) : un avion italien lâche sa dernière bombe de retour de mission (il fallait revenir à vide). La bombe touche la partie la plus ancienne de l'arsenal et la curie, et déclenche un incendie
  • Pendant la guerre de 39/45 : des détachements italiens et allemands y cantonnent épisodiquement durant l’Occupation. Des miliciens et le détachement allemand de Guillestre s’y réfugient à l’été 1944 : ils capitulent le 20 août face aux FFI, par manque d’eau (les conduites amenant l’eau de l’extérieur de la place ayant été coupées par les assiégeants)
  • 1955/1957 : nouveau captage à la source de Gros
  • décembre 1965 : la place forte est déclassée par l'armée
  • 1985 : projet de construction d'un hôtel de luxe "La chaîne thermale du soleil" avec centre de thermalisme dont l'eau aurait été pompée depuis le Plan de Phazy.
  • 1966 : la place forte (les bâtiments militaires) est inscrite aux monuments historiques.
  • 1975 : l'armée quitte le site, mais y revient de temps en temps
  • 1983 : fin de l'usage militaire

 

Les rénovations en cours et les projets entrevus

En 2015, la rénovation du toit de la Caserne Rochambeau a été amorcée (50%).

La commune est depuis plusieurs années en train de rénover le bastion nord du front avancé d'Eygliers (dit Cavalier 104) - côté Briançon en face du parking  ( 800 mètres de remparts, 19 000 m² de surface, un pont-levis, des gargouilles), avec une souscription (fondation du patrimoine) et un budget de 1,8 M€ (TTC). Cette partie ne fait pas partie du périmètre de protection des Monuments historiques.

En 2016, il est prévu de mettre en sécurité la poudrière, de réparer de l’escarpe de la batterie du Balai, ainsi que de revoir la couverture de la casemate du front Est.

A l'étude : la rénovation du parking, et la construction d'une passerelle himalayenne entre le plateau du Simoust (plateau de Guillestre) et celui de Mont-Dauphin.

 

La visite du fort de Mont-Dauphin

Le site est géré par le Centre des Monuments Nationaux (CMN), qui organise des visites toute l'année : voir le site web en lien.

C'est un site ouvert au public puisque c'est aussi une commune. Il faut environ 2h pour faire le tour du site par les remparts, en passant devant les principaux bâtiments : vous aurez de superbes vues sur la Main de Titan, la cascade de Guillestre, la ville de Guillestre, la station de Risoul et la vallée de Vars, la vallée de la Durance, les Ecrins, Eygliers.

Mais une visite guidée est chaudement recommandée, vous en apprendrez davantage et de manière plus intéractive. A noter qu'un passionné a ouvert un jardin botanique historique qui cultive les plantes et essences rares utilisées du temps de Vauban : vous pourrez ainsi découvrir les plantes alimentaires et médicinales du temps de Vauban ainsi que de nombreuses légendes, ce que mangeaient civils et militaires d’une  place forte de montagne).

A noter que les forts de Mont-Dauphin, Briançon et l'abbaye de Boscodon offrent une réduction sur la billetterie de visite si vous avez déja fait une visite dans l'un des autres sites. Peu de communication est faite sur cet avantage, mais cela en vaut le coup.

Par ailleurs, la place forte de Mont-Dauphin est inscrite au réseau des sentinelles des Alpes, animé par l'association "Grande Traversée des Alpes" (GTA).

On regrette que les spectacles équestres n'aient plus lieu : ils réunissaient un grand nombre de visiteurs, avec des balais équestres dans la cour de la Caserne Rochambeau.

A noter que le CMN organise depuis 2016 des classes de découvertes pour les enfants : une bonne occasion de comprendre l'histoire du site, par des balades, visites et jeux de piste / jeux de rôles.

 

N'hésitez donc pas à vous arrêter pour visiter la place-forte Vauban de Mont-Dauphin. Vous aurez ainsi une autre vision de l'histoire des Hautes-Alpes, et bénéficiez d'un superbe point de vue sur les Ecrins, et la vallée de la Durance. A noter que les sites du Plan de Phazy et de la Fontaine Pétrifiante de Réotier sont complémentaires de Mont-Dauphin.

 

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Marc DESROUSSEAUX
Membre depuis : 11/07/2014
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